labrys, études féministes/ estudos feministas
janvier/juin 2010 -janeiro/junho 2010

 

Le féminisme :  un choix théorique et militant en faveur du changement social

Francine Descarries

Professeure, Département de sociologie

Coordonnatrice de la recherche,

Institut de recherches et d’études féministes (IREF)

UQAM

N’être que féministe sans lier le féminisme à quelque grand idéal de transformation sociale et de régénération humaine, est évidemment une erreur...
 
N’être pas féministe est une autre erreur, non moins grave.  Le féminisme n’est qu’une partie de la question sociale, mais une partie essentielle, que nous ne devons jamais permettre, nous les femmes, qu’on laisse dans l’ombre ou qu’on relègue au second plan
                                   Nelly Roussel, 1921 (1878-1822)

Lors de la première séance d’un séminaire multidisciplinaire en études féministes,  qui s’est déroulé à l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM à la session d’hiver 2010, j’ai demandé aux étudiantes[1] participant à ce séminaire de doctorat de me présenter, en deux ou trois pages, leur définition de travail du féminisme, mais surtout de me situer leur propre posture théorique à la lumière de la thématique et de la discipline dans lesquelles s’inscrit leur projet de recherche.  Je leur demandais également de se questionner sur l’apport et les limites de la recherche féministe de leur point de vue disciplinaire. Les textes réunis dans le présent dossier résultent de cet exercice complété avant même que la problématique du séminaire ne leur ait été présentée ou les échanges, amorcés.

Ces textes me sont apparus suffisamment intéressants, diversifiés et riches pour les diffuser. Car, dosant savamment subjectivité, expériences personnelles et synthèse de connaissances ou d’intérêts, ces courts essais révèlent la multiplicité des points de vue et postures théoriques que peut soulever la question proposée : quelle  est votre définition de travail du féminisme ?  Ils nous informent également sur la boîte à outils féministe dont peuvent disposer des étudiantes et étudiants au moment où elles et eux entreprennent des études doctorales, en fonction de leur inscription disciplinaire, ici histoire, études littéraires et sociologie, de leur parcours antérieur et de leur plus ou moins grande familiarité ou accointance, au moment d’amorcer le séminaire, avec la littérature féministe et les outils conceptuels et analytiques qu’elle offre.

En dépit de mon rôle éditorial dans la démarche, je n’ai pas jugé nécessaire de retoucher ces textes. Je n’ai pas non plus demandé aux auteures des corrections ou des aménagements, car il me semblait que leur intérêt venait justement de l’aspect spontané de l’exercice et de ce qu’il révèle.  Car, ces textes me révélaient non seulement la compétence de leurs auteures, mais aussi la capacité de celles-ci à poursuivre, à leur façon et dans un autre contexte,  l’idéal et les objectifs tant scientifiques que stratégiques que les plus âgées d’entre nous s’étaient fixés en exigeant l’inscription des études féministes au programme de nos universités. Ils me semblent en effet traduire une volonté toujours présente de faire « front commun » contre l'androcentrisme des savoirs disciplinaires et de forcer la prise en compte des questionnements et des perspectives critiques du féminisme.

Bien que les auteures des huit cours articles présentés ci-après soient arrivées au séminaire de doctorat à travers des parcours personnels et disciplinaires différents, certaines convergences fortes se dégagent de leur essai respectif.  Elles pointent vers les dimensions critiques et dynamiques de la démarche politico-scientifique du féminisme. Idée poétiquement traduite par cette doctorante en études littéraires qui amorce son essai en déclarant : Le féminisme, pour moi, c’est d’abord un bruit. Né d’un silence imposé, c’est le son de cloche bruyant qui vient perturber, remettre en question, critiquer, combattre, et, ultimement, renverser, les diktats d’un discours à tendance idéologie dominante qui ne se conjugue qu’au masculin.

Certes, selon les auteures, le féminisme est présenté tour à tour comme critique épistémologique des paradigmes dominants, comme perspective d’analyse pour interroger la co-construction des rapports sociaux de division et de hiérarchie (classe, sexe, race, Nord-Sud, orientation sexuelle …) dans la production/reproduction des inégalités entre les hommes et les femmes et entre les femmes elles-mêmes, ou encore comme modèle d’interprétation et approche méthodologique qui font place à la parole et à la multiplicité des expériences des femmes et qui appellent une contestation des méthodes d’observation qui n’en tiennent pas compte.  Mais, le fil conducteur qui   relie ces essais entre eux m’apparaît être cette volonté des auteures de recourir au féminisme comme outil sociopolitique pour encadrer leur engagement en faveur d’un idéal d’égalité et de justice sociale.  En fait, toutes adhèrent, plus ou moins explicitement, à l’idée que le féminisme trouve sa raison d’être scientifique et son pouvoir explicatif que si, et seulement si, il est mis au service de visées d’émancipation collective. Il constitue de ce point de vue pour ces jeunes universitaire,  un « choix à la fois théorique et militant, un engagement « politico-intellectuel ».

J’espère que la lecture de ces textes[2] vous inspirera et vous donnera, comme cela a été le cas pour moi, confiance en la capacité de ces jeunes universitaires à prendre la relève pour appréhender, dans divers temps et espaces, la réalité sociale du point de vue des femmes et pour analyser les effets structurants des processus sociaux sexués qui traversent toutes les dimensions du social.  Bonne lecture !


 

Le féminisme, pour moi, c’est d’abord un bruit

Geneviève Delorme, doctorante en études littéraires

«Je ne sais à quel point les femmes de l’Occident médiéval se sont tenues tranquilles et silencieuses, entre les murs des maisons, des églises et des monastères, à écouter les hommes habiles et beaux parleurs qui leur prodiguaient préceptes et conseils de toutes sortes[3]».

Certains silences (me) font peur. Plus encore: ceux que l’on tient pour acquis. Ceux du type: «Qui ne dit mot consent.» ou «Les absents ont toujours tort.». Parce que ces sortes de silences ne tiennent pas compte de la capacité, ou de son contraire, à pouvoir exercer pleinement son libre-arbitre. Et parce que les femmes ont longtemps souffert, et souffrent certainement encore, d’être catégorisées comme étant toujours déjà absentes. En ce sens, la parole des femmes, c’est comme les anges et les étoiles: on se questionne toujours à savoir si elle a un sexe. Un véritable sexe, bien... sexuel, porté haut et fort sur un long cou gracile, comme un visage, à la manière du Viol de Magritte[4].

Oui: c’est écœurant.

Tout aussi choquant que de lire que «Gilles de Rome pens[ait] que la répréhensible, mais hélas naturelle, tendance des femmes à parler de manière indue et inconsidérée [était] liée à la faible raison qui les caractérise (...)[5]» ou que «le contrôle de la parole des femmes [médiévales] est inévitablement défense (...) des pouvoirs et des privilèges de la parole des hommes[6]».

Ouche.

Alors.

Le féminisme, pour moi, c’est d’abord un bruit. Né d’un silence imposé, c’est le son de cloche bruyant qui vient perturber, remettre en question, critiquer, combattre, et, ultimement, renverser, les diktats d’un discours à tendance idéologie dominante qui ne se conjugue qu’au masculin. Avec le féminisme (qui est un mouvement, donc, en perpétuelle évolution; qui a vu le jour avant d’être nommé, mais qui n’en était pas moins né avant d’être baptisé), les femmes ont pu non seulement faire entendre leur voix, en tant que femmes-mouvement, et en tant que femme-personne, mais obtenir, enfin, à force de se faire entendre, voix au chapitre. Une voix solide, crédible, qui plus est.

Ensuite, le féminisme serait le lieu d’une sexuation (et non d’une sexualisation) de la parole des femmes. En effet, c’est dans le féminisme ou, du moins, avec l’aide du féminisme, je crois, que peuvent émerger les caractéristiques propres d’un discours de genre exclusivement féminin. Tautologique, cette assertion? Peut-être moins qu’il n’y paraît: j’entends par là un discours un, c’est-à-dire ontologique, pris en tant qu’objet indépendant de toute forme de comparaison extérieure à lui-même - qui ne peut, en aucun cas, souffrir d’être comparé, en tant qu’objet autre, mineur, au discours masculin. (Ne sait-on pas depuis toujours qu’il ne faut pas comparer des pommes et des poires?)

En outre, je crois que cette sexuation du discours féminin, à l’épicentre du féminisme, ne passe pas tant par le champ lexical (les mots, n’importe lesquels, pour dire le message) que par le champ sémantique (l’image qui sous-tend le message). En ce sens, le vocabulaire emprunté est moins important que le message qu’il cherche à faire entendre - parce que si les mots, en principe, sont à usage universel, le message, lui, est à usage unique, personnalisé et genrifié. Ce qui rend possible le dégagement d’un discours, tant oral que littéraire, non pas sexuel, mais sexué, féminin. Le féminisme permet donc aux femmes de se dire, et être dites, selon un axe discursif qui leur est propre, sans que cela n’altère leur valeur en tant qu’individu ou en tant que groupe (de choc).

De même, je me représente le féminisme comme un espace double: propice, à la fois, à la réflexion et à l’action. Réflexif, le féminisme, car il permet de penser le monde de manière à pouvoir y inclure le (pouvoir) féminin. Il permet d’imaginer tous les possibles; un univers où tout se joue à deux (genres). Actif, le féminisme, car il permet d’agir sur le monde de manière à pouvoir y inclure le (pouvoir de la parole) féminin. Il permet de réaliser tous les possibles; un univers où tout se dit à deux (genres). Ce double espace du féminisme contient lui-même un temps: celui de la lutte. Car après avoir imaginé, car après avoir dit, il faut bâtir ce monde à deux (genres). Cette entreprise ne s’est pas faite, ne se fait pas, sans heurts multiples: la parole des femmes, après avoir été piétinée, a dû, et doit, piétiner à son tour. Il reste encore (toujours déjà...) quelques claques sur la gueule à distribuer.

Enfin, le féminisme c’est un état (de conscience). C’est une posture. C’est une entièreté. C’est une prise de position. Mais c’est avant tout un point de vue. Qui, à mon avis, peut être imité, mais jamais inventé. Oui: un XY peut se signer XX - cela s’est déjà vu, et se verra encore, tout comme l’inverse. Bien sûr: on peut emprunter des mots. Mais cela signifie-t-il nécessairement (littéralement, et jusqu’au-bout-tistement) embrasser l’idéologie qui les accompagne?

 

Références

Casagrande, Carla. «La femme gardée». In  Duby, Georges et Michelle Perrot (éds.). Histoire des femmes en Occident: II. Le Moyen Âge. Sous la dir. de Christiane Klapish-Zuber, p. 99-142. Trad. de l’italien par  Catherine Mitrovitsa et Jacques Dalarun.  Coll. «Tempus». Paris: Plon, 1990.

Pour une référence muséologique complète concernant le tableau Le viol  du peintre René Magritte, voir :

  http://www.lp-rozglas-quimperle.ac-rennes.fr/art/magviol.htm


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Définir le féminisme pour un dessein de projet de société. Mais dans quel contexte ?

Anne Taillefer, doctorante en sociologie

«  Les femmes âgées et les mères monoparentales [du Québec] sont plus touchées que la moyenne de la population puisque 28 % des femmes de plus de 65 ans et 46 % des mères monoparentales vivent sous le seuil de faible revenu. La pauvreté des femmes découle d'un double système d'oppression : le patriarcat, qui maintient une division sexuelle du travail défavorable aux femmes, et le néolibéralisme, qui fait passer les profits des entreprises privées avant le droit de la population à une vie décente. (…) Il existe d'autres systèmes d'oppression qui impliquent que les femmes vivent des inégalités entre elles. Certaines femmes vivent des doubles ou triples discriminations (…). C'est le cas des femmes autochtones, immigrantes ou issues de minorités visibles, des lesbiennes, des femmes âgées ou des femmes ayant des limitations fonctionnelles. »             Nesrine Bessaïh, L'R des centres de femmes du Québec, 2007

         Tout d’abord, je tiens à avertir les lectrices et lecteurs que la définition de travail du féminisme que je vais - provisoirement - soutenir est inspirée non pas en premier lieu, de courants de pensées théoriques féministes, mais de ce qui m’a été rendu visible grâce à l’expérience des femmes qui m’ont précédée ou m’entourent, c’est-à-dire, à travers leur point de vue, leur standpoint.

         Lorsqu’une grande majorité d'électeurs et d’électrices permet à Marie-Claire Kirkland-Casgrain de devenir la première femme élue à l'Assemblée législative du Québec en 1961, lorsqu’elle devient en 1962 la première femme à occuper des fonctions ministérielles et lorsqu’elle pilote, en tant que ministre d'État, le projet de loi 16, adopté en 1964, qui établit la capacité juridique de la femme mariée, une nouvelle page d'histoire s’est écrite pour les femmes. Cette loi changera (et sauvera) la vie de ma mère, qui ne pouvait avant cette date, signer pour une intervention médicale pour elle ou ses enfants, son corps ne lui appartenant plus. Ma mère eut ensuite l’audace de retourner à l’école pour obtenir un diplôme d’études secondaires au début de sa quarantaine, droit qui lui avait été préalablement refusé par sa condition sociale. Et c’est après avoir lu, à deux reprises m’a-t-elle avoué, The women’s room puis Le deuxième sexe, qu’elle mit les livres dans mes mains ; c’était à la fin des années 70. Voici un portrait du terreau fertile de mon « apprentissage » féministe.

            Bien qu’il soit impossible d’arriver à une définition - universelle ou plurielle - du féminisme sans reconnaître l’expérience personnelle et souvent troublante de toutes ces femmes avant nous, sans aussi rendre hommage à son fondement militant, il faut dire que pour que ce geste militant s’ancre dans la (les) politique et soit permanent, il doit y avoir théorisation de cette définition pour une « meilleure compréhension des mécanismes d’appropriation et d’oppression reconduits par les rapports de pouvoir patriarcaux » (Descarries, 2005 : 4). Néanmoins, il serait dommage que persiste un certain clivage entre les différents « temps » du féminisme : celui du mouvement social (et de l’action politique) et celui du travail théorique (intégration au milieu académique), car non résolu, il y a un danger d’assimilation autant du discours que des actions politiques du féminisme.

            Ainsi, puisque je dois définir le féminisme, j’emploierai comme point de départ pour l’exercice, celle reprise dans l’ouvrage de Fraisse et Hause (2007) qui vient d’Hubertine Auclert (1848-1914), première militante française à se revendiquer « féministe», qui le définissait comme l’action des femmes qui revendiquent l’égalité sur tous les plans entre les hommes et les femmes, en ajoutant le raisonnement du discours plus radical qui s’appuie sur le constat que

« [...]les femmes sont opprimées et exploitées individuellement et collectivement en raison de leur identité sexuelle […] [et que le patriarcat est] un système socio-économico-politique d’appropriation des femmes» (Descarries, 1998 : 189-190).

            D’ailleurs cette définition convient bien au domaine de la sociologie de la santé (et la sociologie du corps) quand il s’agit de rendre compte de l’expérience des femmes à travers l’histoire de l’institution biomédicale et sa contribution à la médicalisation toujours croissante du corps des femmes et aux inégalités sociales (Clarke et al, 2003; Doyal, 1995; Löwy, 2005; Marshall, 1996). Toutefois, si à travers toutes les luttes pour saper les structures patriarcales, le thème de la réglementation (ou de la surveillance) excessive de la biomédecine est commune au féminisme et à la sociologie, la pensée féministe se complique. La relation entre les femmes, la santé et la médecine est souvent difficile et contradictoire car la santé, la maladie et le corps restent encore avant tout considérés, dans notre société, comme des entités biologiques.

            Durant la seconde vague du mouvement, des femmes ont lutté pour attirer l’attention sur la question de la santé des femmes (Plechner, 2000). Pourtant aujourd’hui, de nombreuses féministes demeurent critiques sur la nature encore bien genrée et androcentrique de la biomédecine et de son déterminisme biologique (Doyal, 2003 ; Inhorn et Whittle, 2001). La naturalisation des différences observées entre les sexes, du destin commun des femmes parce qu’elles sont des femmes, a une incidence autant sur la « production des connaissances que sur la définition des politiques publiques » (Burton-Jeangros, 2006 : 1). Les femmes sont socialisées dès la naissance à accepter la subordination qui vient avec les rôles de caring ; et les attentes sociétales, en plus des politiques sociales, renforcent ce système de valeurs. La santé des femmes ne peut être comprise qu’à l’intérieur du contexte de leur expérience d’inégalité sociale, de médicalisation et de caring labor.

Puisqu’on parle de rapports sociaux de sexe, la définition du féminisme (et sa problématique), issue du mouvement des femmes, doit aussi « s’enraciner dans le corps » parce que « l’oppression des femmes passe avant tout par là » (Gaucher et al., 1981 : 140), même si certaines féministes, craignant avec raison une dérive essentialiste, voudraient l’évacuer de la question. Mais je parle de ce corps « approprié » par l’Autre, qui est défini, délimité, parlé, mesuré, surveillé, manipulé, « technologisé », loué, vendu, possédé, violenté et même tué par l’Autre. Le corps est une entité politiquement gravée où sa physiologie, sa morphologie et son esprit sont modelés et marqués par les histoires et les pratiques de contrôle social. Ainsi, l’état de santé des femmes est déterminé par « la hiérarchie inhérentes à la sexuation des rapports sociaux » (Descarries, 2005 : 182) et, comme le disent Vuille et al. (2006), la santé est donc politique.

            S’il est vrai que les femmes ont récupéré une partie de la liberté de disposer elles-mêmes de leur corps avec la loi 16 de 1964 et qu’il existe maintenant un gender mainstreaming dans les politiques de santé (Burton-Jeangros, 2006), l’institution biomédicale, qui a transformé le concept de « choix » en « risques » (Löwy, 2005) et dont la force repose sur la médicalisation, la judiciarisation et la culpabilisation des individus, semble négliger les contraintes structurelles qui limitent la capacité des femmes de choisir (Bessaïh, 2007 ; Lippman,1999).

            Malgré le constat de l’apport de la recherche féministe dans ma discipline, j’en reconnais aussi les limites: je me retrouve prise entre le biologique et le social (Birke, 1999, 2003; Lober, 1993). Pourrais-je trouver des pistes dans les diverses théories et méthodologies féministes pour résoudre le conflit entre ma formation médicale qui reconnaît la part du biologique, ma posture théorique comme sociologue de la santé qui adhère au paradigme du constructivisme social et ma perspective féministe qui pose le patriarcat comme la principale source d’oppression des femmes.  Car le féminisme, pour revenir à sa définition, est à la fois un projet intellectuel et une démarche politique.  Il doit permettre de mettre en lumière la complexité des rapports de pouvoir construits du genre et du sexe pour en finir avec l’oppression, l’exclusion et la classification, tout en impliquant la possibilité, pour toutes les femmes, de participer activement dans le processus qui détermine les options qui sont développées et mises à leur disposition pour toutes les dimensions de leur vie, leur santé y compris.

Bibliographie

Bessaïh, N. (2007), La pauvreté : une décision politique. Analyse féministe des causes de la pauvreté, Montréal, L'R      des centres de femmes du Québec, 2007, www.rcentres.qc.ca

Bike, L. (1999). « Bodies and Biologie », dans Price J. et M. Childéric (éd) (2001). Feministp Theory and the body. A reader,         New York, Routledge, p. 42-49.

Birke, L. (2003). « Shaping biology : Feminist and the idea of ‘the biological’ », dans Williams, S. et al., (2003).             Debating biology. Sociological reflections on health, medicine and society, London,Routledge, p. 39-52.

Burton-Jeangros (2006). « Genre et politiques sanitaires. Les enjeux du gender mainstreaming dans le domaine de la santé », Colloque « Genre et politiques publiques », Association suisse de science politique et Association française de science politique, 28-29 septembre 2006, Université de Genève,10p. www.unige.ch/ses/spo/staff/corpsinter/engeli/Jeangros.doc

Clarke, AE. et al., (2003). « Biomedicalization : Technoscientific transformations of health, illness, and US             biomedicine », American Sociological Review, 68 (2) : 161-194.

Descarries, F. (1998). « Le projet féministe à l'aube du 21e siècle:  un projet de libération et de solidarité       qui fait toujours           sens », Cahiers de Recherche Sociologique, 30 : 179 – 210.

Descarries, F. (2005). « Émergence et développement des études féministes au Québec, Labrys, études             féministes/estudosfeminista,Vol.7,janvier-juillet2005,              http://www.unb.br/ih/his/gefem/labrys7/fem/francine.htm

Doyal, L. (1995). What makes women sick. Gender and the political economy and health. New Brunswick, Rutgers Unversity Press, 280 p.

Doyal, L. (2003). « Sex and gender : The challenges for epidemiologists », International Journal of Health Services, 33 (3) : 569-579.

Fraisse, G. et S. Hause (2007). Hubertine Auclert, pionnière du féminisme. Textes choisis, Paris, Éditions Bleu Autour,            233 p.

Gaucher, D. et al. (1981). « Parler de la vie : l’apport des femmes à la sociologie de la santé », Sociologie et Sociétés, 13 (2) : 139-152.

Inhorn, MC. et KL. Whittle (2001). « Feminism meets the « new »  epidemiologies : towards an         appraisal of antifeminist biases in epidemiological research on women’s health », Social Science and         Medicine, 53 : 553-567.

Lippman, A. (1999). « Choice as a risk to women’s health », Health, Risk and Society, 1 (3) : 281- 291.

Lorber, J. (1993). « Believing is seeing : Biology as ideology », Gender and Society, 7 4) : 568-581.

Löwy, I. (2005). « Le féminisme a-t-il changé la recherche biomédicale ? Le women health movement et        les transformations de la médecine aux Etats-Unis », Travail, genre et sociétés, 14 (2) : 89-108.

Marshall, H. (1996). « OUR BODIES OURSELVES. Why we should add old fashioned empiracal   phenomenology to the new theories of the body », Women’s Studies International Forum, 19 (3) : 253-265.

Plechner, D. (2000). « Women, Medicine, and Sociology : Thoughts on the need for a critical feminist             perspective »,   Health, Illness, and Use of Care : The Impact of Social factors, 18 :69-94.

Vuille, M. et al. (2006). « La santé est politique », Nouvelles Questions Féministes, 25 (2) : 4-15.


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Le féminisme, une lutte politique

Marie-Laurence Bordeleau-Payer, doctorante en sociologie

Le féminisme m’apparaît d’abord comme une lutte pour la reconnaissance d’un statut d’égalité entre les hommes et les femmes. Cette lutte sociale prend la forme d’un projet politique qui vise, dans un premier temps, à dénoncer des rapports de pouvoir, en particulier la domination des hommes sur les femmes, et dans un deuxième temps, à proposer des alternatives au modèle traditionnel fondé sous l’emprise du patriarcat. Les propositions mises de l’avant par les féministes, suivant différents courants de pensée, se sont certes transformées au cours des dernières décennies, notamment suite à la victoire de certains combats, mais le socle de leur revendication demeure, à savoir l’égalité des sexes. Ainsi, j’endosse une définition du féminisme suivant deux principaux axes qui sont inhérents au combat dont il est porteur, soit celui du discours et celui de la pratique.

Si nous nous attardons au discours féministe, celui-ci prend la forme d’une quête d’affirmation et de définition du soi féminin. Le discours dénonce certaines injustices en lien avec les représentations traditionnelles de la femme en critiquant certains stéréotypes et une naturalisation de la différence des sexes à partir desquels les rapports hommes-femmes ont été historiquement édifiés. À ce sujet, le discours propre à une majorité de théories féministes cherche à démontrer la construction sociale à l’origine de la notion de genre et ce, dans l’intention d’affirmer « qu’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient » suite à une normalisation de l’identité sexuelle.

Le projet philosophique dont est porteur le discours à l’aune duquel les théories féministes se sont développées repose donc principalement sur une problématique d’émancipation du soi qui prend appui sur une volonté de changement social et sur la reconnaissance d’une définition politique et non ontologique de la femme. Forcément, la diversité des approches théoriques et la multiplicité des débats rendent le sens de la catégorie « femme » polysémique, néanmoins la conception commune et partagée d’un droit à l’égalité citoyenne permet d’appréhender les rapports sociaux autrement et ce, suivant une métamorphose de la réalité sociale. Par ailleurs, le discours féministe se rapproche de celui des théories postcoloniales en ce qu’il dénonce la diversité des types d’inégalités sociales, qu’elles soient de nature de classe, de race ou de sexe. Ainsi, la dialectique entre culture et nature se trouve au cœur du discours féministe, puisque ce dernier remet en question la manière dont les catégories de sexe, genre et différence ont été pensées à la lumière d’une opposition binaire entre nature et culture.

D’autre part, les questions épistémologiques occupent une place importante au sein du discours féministe. En effet, il apparaît clairement que l’édification du savoir scientifique sous l’éclairage d’une perspective principalement masculine a grandement influencé l’orientation des modèles théoriques à travers lesquels on appréhende le monde. Ainsi, le féminisme dénonce les biais sexistes dans l’édification des connaissances et revendique la nécessité d’un apport féminin plus important dans l’activité scientifique, afin d’obtenir des perspectives théoriques davantage représentatives de la réalité sociale.

Sur le plan pratique, le féminisme prend entre autres la forme de revendications qui se traduisent par un militantisme pour une reconnaissance du statut de la femme dans plusieurs dimensions du social. Le rapport entre la sphère publique et la sphère privée est clairement en jeu dans la volonté de changement, puisque les revendications des féministes touchent autant des questions d’équité salariale que de rapport à la maternité, de droit à l’avortement que de travail domestique, en passant par l’accès à l’éducation et par la question de la prostitution. En somme, les problématiques féministes sont nombreuses et très polémiques, mais elles sont d’abord des objets de combat pour un monde plus équitable. Ainsi, le féminisme est un engagement social qui cherche à rallier les femmes autour d’une identité commune au-delà des particularités de chacune, et il prend forme à travers l’historicisation d’un rapport de domination. Le féminisme apparaît donc comme une lutte sociopolitique pour une liberté toujours plus grande afin notamment de contrer les inégalités sociales persistantes entre les hommes et les femmes.

Dans un autre ordre d’idées, défendre la condition féminine m’apparaît d’abord résider dans la reconnaissance de ce qui est propre aux femmes aussi bien sur le plan naturel que culturel et ce, sans pour autant endosser une perspective essentialiste. Il me semble que la  lutte doit être menée en cherchant à valoriser nos idiosyncrasies plutôt qu’en les aplanissant; ce qui nous distingue est avant tout porteur de valeur. Toutefois, identifier les représentations sociales à l’origine des prénotions et des préjugés est certes nécessaire afin de poser un regard le plus objectif possible sur ce qui constitue la femme tout en considérant le conditionnement psychique qui lui est propre. C’est pourquoi je crois pertinent de considérer la catégorie « femme » sous l’éclairage d’une construction mutuelle entre des prédispositions biologiques et le rapport à l’ordre symbolique suivant le contexte dans lequel cette relation s’inscrit.

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Un projet de transformation sociale

Geneviève Szczepanik, doctorante en sociologie

Le féminisme peut être défini comme un engagement politico-intellectuel et un mouvement sociopolitique qui visent avant tout à « mettre fin à l'oppression sexiste » (hooks, 1984) dans la vie des femmes. Le féminisme est donc un projet de transformation sociale. Dans le cadre de mon propre engagement politico-intellectuel et de mes travaux, j’adopte plus particulièrement les perspectives du féminisme radical, qui identifie le patriarcat comme la cause de l’oppression des femmes. Le patriarcat peut être défini comme un « système socio-économique-politique » (Delphy, 2001a; 2001b) d’appropriation individuelle et collective des femmes (Guillaumin, 1992). Les femmes y sont pensées comme une classe politique partageant une même oppression, vue leur appropriation individuelle et collective par la classe des hommes. Autrement dit, à travers le travail, la sexualité, la maternité, etc., le patriarcat permet à la classe des hommes de s’approprier de la classe des femmes. Le féminisme radical est particulièrement critique face à la naturalisation des différences hommes-femmes (soit l’idée que ces différences auraient un substrat naturel, biologique), qui sert à légitimer les rapports de sexe et à asseoir l’oppression des femmes. Ce féminisme est d'avis que les hommes et les femmes ne sont pas fondamentalement différents, mais ont été construits et socialisés pour l'être. Dans les perspectives du féminisme radical, la transformation de la société implique l’élimination du système patriarcal, responsable de l’oppression des femmes.

Les perspectives féministes radicales que j’adopte sont enrichies par celles des féminismes noirs et postcoloniaux. Ces dernières perspectives insistent sur la diversité et la multiplicité des situations d’oppression que vivent les femmes. Elles visent à montrer comment l’intersection des rapports de sexe avec d'autres rapports de pouvoir, comme ceux de classe, de race, d'âge ou d'orientation sexuelle, crée des situations d’oppression multiples. Ces rapports de pouvoir s’articulent les uns aux autres, et sont donc à la fois indépendants et renforcés par les autres. Il importe donc de tenir compte de ces multiples rapports de pouvoir pour mettre fin à toutes les formes d’oppression que vivent les femmes. Au final, c’est l’idéologie même de la domination qui doit être combattue et renversée (hooks, 1984).

Comme domaine de connaissances, le féminisme est une révolution épistémologique. Nombre de domaines d’études ont développé des théories apparemment « universelles » et « neutres », mais qui sont en fait centrées sur « l'Homme » comme être universel (Harding, 1986). Le féminisme souligne la fausse « universalité » de ces théories et montre comment les rapports de sexe structurent à la fois la société et la construction des connaissances. Comme champ d’études interdisciplinaire, le féminisme reprend, et surtout enrichit et renouvelle, les idées et les théories provenant de multiples domaines d'études. Il propose de nouvelles questions, théories et méthodologies, et cherche à transformer les domaines d’études grâce à l'intégration des rapports de sexe et des perspectives des femmes. Le féminisme considère aussi que toute perspective et toute connaissance sont situées. Il souhaite donner une voix aux femmes, à leurs représentations et à leurs perspectives, généralement invisibilisées par les théories « universelles ». Le féminisme estime en ce sens que les perspectives et expériences des femmes sont importantes et significatives, et qu'elles doivent être prises en compte afin d'étudier et de comprendre la société.

Bibliographie

 ADDIN ZOTERO_BIBL  Delphy, Christine. 2001a. L'ennemi principal. Tome 2 : Penser le genre. Paris : Syllepse.

Delphy, Christine. 2001b. L'ennemi principal. Tome 1 : Économie, politique du patriarcat. Paris : Syllepse.

Guillaumin, Colette. 1992. Sexe, race et pratique de pouvoir. Paris : côté-femmes.

Harding, Sandra G. 1986. The Science Question in Feminism. Ithaca, N.Y. : Cornell University Press.

hooks, bell. 1984. Feminist Theory: From Margin to Center. Boston : South End Press.


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Ma définition de travail du Féminisme

Étienne Guay, doctorant en sociologie

Mise en contexte

En excluant les fois où j’ai pu être exposé au féminisme par l’entremise de professeurs, sensibles à ce courant de pensée, et par l’intermédiaire d’énoncés pris au vol lors d’échanges avec collègues ou par les représentations qu’en font les médias; l’essentiel de mes connaissances sur le féminisme provient de mon programme de lecture réalisé dans le cadre de ma maîtrise en service social.  Voulant porter un regard critique de la socialisation masculine, l’apport d’auteur-es adhérant à l’approche féministe s’est avéré essentiel à ma démarche de réflexion.  L’objectif de cette présentation sera d’explorer sommairement ma définition de travail du féminisme. Mon regard personnel sur ce dernier, quoique partiel, se fera en examinant trois dimensions pouvant être associées à cette façon de lire le social.  Je m’intéresserai notamment à ma vision de la pensée (cadre théorique), du regard (considérations épistémologiques) et de l’action (changement et développement du pouvoir d’agir) du Féminisme.

Ma définition

En ce qui concerne le cadre théorique, le féminisme tel que je le perçois se penche sur les enjeux de pouvoir inscrits dans une  idéologie patriarcale, qui est structurellement soutenue par l’intermédiaire d’institutions qui ne reconnaissent que difficilement une vision qui ne correspond pas à la leur.  Le féminisme, d’un point de vue théorique, s’appuie sur une base socio-historique solide qui illustre avec éloquence l’asservissement du « deuxième sexe » et les mécanismes contemporains servant à maintenir le statu quo.  Ce cadre théorique mobilise une compréhension des formes de violences que subissent les femmes et d’autres personnes assujetties.  À cet égard, les formes de violence dites « symboliques » sont explorées afin de dégager les représentations qui sont véhiculées par la culture patriarcale et hélas, intériorisées par les femmes elles-mêmes.  Donc, les notions théoriques abordant le déni de reconnaissance, l’absence de justice et les conditions socio-économiques défavorables (la pauvreté) sont mobilisées, afin d’appuyer une façon de comprendre qui est sensible aux « faits invisibles », ceux qui semblent aller de soi.

Le regard féministe est critique, il questionne ce qui semble aller de soi.  Il croit en une science du social qui ne craint pas la proximité, pensons ici à la sociologie clinique.  Ainsi, il peut privilégier une méthodologie qualitative, sans pour autant négliger les réalités quantitatives qui font état des injustices systémiques, notamment en ce qui concerne le monde du travail, vecteur principal d’une identité sociale valorisée, dont sont privée un grand nombre de femmes.  Donc, sur le plan épistémologique, le féminisme qui m’interpelle est celui qui s’inspire d’une sociologie compréhensive qui donne une place à celles et ceux  qui sont concernés par la réalité étudiée.  Soulignons, à cet égard, l’apport de la  recherche–action et des enquêtes de terrain.  Des formes de recherches qui, sur le plan épistémologique, mettre en valeur le savoir des acteurs terrains et qui sont alimentées par des visées transformatives.  En ce qui concerne les études empiriques, le féminisme est sensible aux enjeux de pouvoir et aux idéologies servant à maintenir l’asservissement des dominés au profit des dominants.  Ainsi, ce regard s’avère essentiel dans l’exploration empirique de faits sociologiques touchant des personnes en situation d’invisibilité et d’injustice sociales.

En ce qui concerne l’action, le féminisme croit au changement tant sur le  plan structurel que sur le plan des représentations individuelles.  L’approche féministe fait confiance à la capacité des gens de pouvoir s’épanouir. En tel cas, je considère que que le féminisme est à la société, ce que la psychanalyse est à l’individu.  Le savoir et l’éducation libèrent de l’asservissement ou du moins, favorisent ne serait-ce que partiellement des pratiques reflétant une capacité de voir autrement, donc permettant de développer la potentialité d’agir.  À cet égard, nous croyons que le féminisme joue un rôle indispensable pour libérer des hommes et des femmes de schémas de pensée sclérosants et les soustraire à un univers normatif restrictif.  Pensons à la paternité pour les hommes et au milieu de travail pour les femmes.  L’action féministe condamne l’imposition de la raison par la force ou pire, par la violence (sous toutes ses formes).  Le féminisme croit au développement du pouvoir d’agir par un regard soutenu théoriquement qui prend en considération le contexte et ses propriétés hégémoniques, ainsi que l’action individuelle et ses représentations minant la mobilisation collective.  Donc, le féminisme auquel j’adhère cherche à connaître afin de comprendre l’autre et rejeter l’injustice ou tout regard tronqué. Il adopte une posture critique parce l’approche n’est pas étrangère à un projet politique basé sur un idéal d’égalité et de justice sociale!

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Le féminisme, une théorie critique, projet politique et éthique nécessaire

Gaëlle Eteme, étudiante à la maîtrise en sociologie

Définir ce que c’est que le féminisme à une heure où tout nous semble acquis en termes d’égalité entre les sexes, pourrait sembler être un simple exercice de mémoire. En effet, nous commémorerions les victoires du mouvement des femmes notamment pour ce qui est des droits civiques et de la reconnaissance en chaque être féminin, un sujet doué de raison et autonome pouvant désormais prétendre au même titre que son altérité masculine, à la conquête de l’espace public.

Or, il suffit de porter un regard critique sur ces allégations de libération achevée des femmes, de progrès social sur les libertés individuelles, indistinctement du sexe et même de l’affirmation d’une transformation de la société traditionnelle en société matriarcale; pour constater que  le projet féministe d’un monde égalitaire est loin d’être accompli. Puisque  les acquis sociaux dont nous sommes les bénéficiaires aujourd’hui, ont été opéré sans une transformation radicale des fondations anthropologiques de la représentation des sexes inhérentes à l’existence de sociétés patriarcales reposant sur une logique de la pensée de la différence des sexes hiérarchisée au profit du masculin.  Pensée de la différence légitimée par l’idéologie de la correspondance en nature entre les sexes et les lois de la mécanique biologique régissant l’ordre social sexué dans le monde naturel.

Ainsi, force est de constater, en dépit des avancées sociales réelles entre autres au niveau du droit, que persistent des permanences dans la pensée symbolique des cultures[7] actuelles qui s’organisent afin de résister au projet féministe de transformation radicale des marqueurs identitaires du bipartisme des rôles de sexe hétéro normés. Ces permanences s’actualisent dans la dynamique des interactions et des pratiques sociales, sous le verni d’une pensée libérale individualiste et capitaliste, qui remet présentement au cœur de sa stratégie l’usage du corps et de sa sexualisation comme preuve de l’émancipation des femmes, tout en réactivant la palette de discours, de symboles, d’archétypes sous de nouveaux avatars modernisés qui, par un sophisme rhétorique et sémiotique, recadrent subtilement la classe des femmes dans le domaine de l’immanence, de la sollicitude et de la médiation[8].

Autrement dit, lui appose le stigmate de l’imperfectibilité de son essence : son sexe. Encore une fois, dans la continuité du traditionalisme,  la régulation sociale des rapports de sexe s’articule autour du phantasme et de l’obsession du contrôle de la sexualité, spécifiquement celle des femmes : ici, le sexe, la sexualité traduit l’essence.  De plus, il nous faut souligner que le discours ambiant de l’inactualité du féminisme s’inscrit dans cette stratégie de reconquête du sens pour la sauvegarde de l’équilibre social hétéro normé et s’attelle à nier l’appropriation matérielle et idéelle du groupe des femmes par celui des hommes grâce à un travail de dé-historisation de l’histoire des femmes et de l’efficacité de dispositifs de schèmes mentaux dans la production et reproduction des agents sociaux victimes d’aliénation. Conséquemment, féminisme et patriarcat sont  dans une lutte pour la symbolisation du monde et la transformation des jalons anthropologiques de l’imaginaire et de l’inconscient collectif pour le premier, et dans une posture de conservation de ceux-ci pour le second.

Alors, le féminisme au singulier est d’abord pour moi, ce consensus entre ses divers embranchements théoriques, d’éradication de toute inégalité sociale de sexe, de violences symboliques et physiques à l’égard des femmes et de leur sexage. Mais pour ce faire, on ne peut oblitérer sa dimension théorique qui à mon sens, est la plus importante puisqu’elle est à l’origine d’une relecture des faits sociaux à la lumière de la vérité scientifique et de la mise en place de son projet politique par les revendications féministes du mouvement des femmes.

 En effet, le féminisme est un outil méthodologique d’objectivation qui permet d’appréhender les mécanismes de création d’individus sociaux sexués, de même que leurs fonctions idéologiques et sociales et les enjeux de pouvoir dans la production de discours et d’images qui correspondent à chaque sexe et que sont : la lutte pour le monopole d’une représentativité existentielle et la gestion des mondes vécus (écosystèmes) et transcendantaux.  Par ce fait, le féminisme ramène à existence les femmes comme sujettes actives de l’Histoire. Il est aussi pour moi une éthique de justice sociale, de liberté, de solidarité entre toutes les femmes, résumée en ce « Nous femmes » qui traduit la reconnaissance d’une oppression systémique commune non pas fantasmée mais avérée par l’expérience de vie partagée que nous ont révélé les études empiriques et historiques des sciences sociales et féministes et dont nous pouvons toujours constater la pertinence au quotidien, soit par l’affichage d’une domination masculine violente et perceptible à l’œil nu, soit par une autre plus subtile et diffuse qui se fond dans l’illusion d’un équilibre égalitaire et de l’expression des libertés et des désirs individuels.

 Pour finir, j’ajouterai que la nécessité de la production d’un savoir auto critique qui reconnaît aujourd’hui la transversalité des rapports sociaux de sexes et la  « sérialité » des femmes, ne doit toutefois pas se  perdre dans un discours relativiste qui rend seulement compte de situations historiques et culturelles d’oppressions. En effet, il s’opère un glissement dans la compréhension de la dynamique des rapports de sexe d’un contexte sociétal précis qui prend en considération à la fois des facteurs  qui lui sont internes (patriarcat, ethnies, classes) et externe (colonialisme), pour arriver à une critique féministe de l’intersectionalité des systèmes d’appropriation et de pouvoir qui ne va pas au bout d’elle-même. Car elle se trouve devant un dilemme éthique et politique de positionnement obéissant à l’effectivité d’un conflit idéologique racisé ou civilisationnel[9]. Or, en choisissant d’entrer dans la réflexion et dans la lutte politique au nom de la race[10], n’est-ce pas de nouveau ontologiser son propos en créant Une identité féminine et donner priorité à la race? De même que l’on se trouve dans l’impossibilité de produire une théorie générale de rapports de pouvoirs et de penser une solidarité stratégique qui dépasserait le cadre de nos frontières culturelles dans la mesure où le plaidoyer pour le relativisme constitue la norme savante de vérité. Nous aurions beaucoup à perdre de notre travail de déconstruction et de dévoilement de l’artefact dans la production des sujets sociaux sexués. Ainsi que de notre projet politique de transformation radicale de la Culture.

Références bibliographiques

Belotti, Gianini Élena, « Du  côté des petites filles », Édition des Femmes, 1974.

Bourdieu, Pierre,  « La domination masculine », Seuil, 1998

Bourdieu, Pierre,  « Les méditations pascaliennes », Paris, Seuil, 2003, 386p.

Collin, Françoise, « Déconstruction/destruction des rapports de sexes », SENS CRITIQUE, n°10, 20003.

Crenshaw, Kimberlé W. (1991). Mapping the Margins: Intersectionality, Identity Politics, and Violence against Women of Color, Stanford Law Review, Vol. 43, No. 6., pp. 1241–1299

Delphy, Christine,  « Préface. Critique de la raison naturelle » dans L’ennemi principal 2. Penser le genre, Paris,  Syllepse, 2001

Daune-Richard, Anne-Marie et Anne-Marie DEVREUX, "Rapports sociaux de sexe et conceptualisation sociologique, Recherches féministes, vol.5,  n°2, 1992

Godelier, Maurice, « Les rapports hommes/femmes : le problème de la domination masculine », dans La Condition Féminine, ouvr. Collectif sous la direction du CERM. Ed. Sociales, Paris, 1978

Goffman, Erwin, « L’arrangement des sexes »,  Paris, La Dispute/Snédit  et Cahiers du Cedref/ ADREF, 2002, 116p.

Guillaumin, Colette,  «Pratique d pouvoir et idée de Nature.  L’appropriation des femmes » Questions féministes, 1978.

Héritier, Françoise, «  Masculin/Féminin I. La pensée de la différence » Paris, Ed. Odile Jacob, 1996,332p.

Mathieu, Nicole-Claude,  « Identité sexuelle/sexuée/de sexué? Trois modes de conceptualisation du rapport entre sexe et genre », Paris, Indigo et côté-femme, 1991, 290p.

Tabet, Paola, « La grande arnaque. Sexualité et échange économico-sexuel », L’Harmattan, 207p. 2004


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Le travail du féminisme et son environnement théorique

Caroline Désy, Docteure en sociologie

Historiquement, le féminisme est lié à une conception de la citoyenneté et ce fut la porte d’entrée de ma rencontre avec les théories féministes. Ainsi, les questionnements reliés à l’éclosion de nouveaux mouvements sociaux ont rendu nécessaires des développements théoriques, que certains ont qualifiés de postmarxistes, par exemple chez Chantal Mouffe. C’est ainsi que le mouvement des femmes, en lien avec les luttes qu’il a menées, a suscité des interrogations de nature théorique. Le mouvement est devenu porteur d’un projet politique et il a développé un ancrage institutionnel. (Le féminisme est inséparable de la pensée et de l’action politique. )

Paradoxe et ambivalence

De façon générale, les études sur les femmes sont marquées du sceau du paradoxe : que ce soit les rôles paradoxaux dont parle Judith Butler[11] ou certaines problématiques qui persistent, comme le travail domestique. Ou encore le fait que les femmes sont égales en droits, mais pas dans la réalité, pas dans la sphère du travail, par exemple, que l’on parle des inégalités de rémunération ou de féminisation du travail à temps partiel.

Des questions de conceptualisation marquent aussi l’environnement théorique du féminisme : ainsi les débats entre les notions de «rapports sociaux de sexe» ou «rapports sociaux de genre», persistent depuis les années 1990. S’il faut noter la diversité des usages du terme[12], on peut dire du genre qu’il est défini par une relation de domination. La question de la domination[13] est au centre des débats de la société contemporaine, tout comme l’est, par ailleurs, sa contrepartie, l’émancipation et les mouvements d’émancipation.

Qu’en est-il du moment actuel du féminisme ? Une analyse intéressante réfute la thèse de la régression du féminisme et parle plutôt de «transit»[14], un terme qui exprime les déplacement irréguliers que le féminisme expérimente «en se mesurant avec les positions recombinées des femmes dans le monde globalisé», c’est-à-dire les multiples identités et hybridations. L’analyse devient plus complexe et dépasse les catégories établies, notamment lorsque l’on combine les contraintes économiques aux questions de sexualité, de composition des foyers, des styles et des rythmes de vie.


 
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Le féminisme comme mouvement social

Catherine Charron, doctorante en histoire

            Mon travail d’historienne m’a amenée à réaliser que les discours, les idées, les actions féministes sont indissociables du contexte dans lequel ils s’inscrivent. Il en était ainsi au début du XXe siècle au Québec, alors que l’idéologie clérico-nationaliste dominante bridait de façon toute particulière l’expression libre d’une pensée féministe (Charron, 2007) ; un siècle plus tard, les contraintes n’ont pas disparu, bien qu’elles se soient transformées, ce qui me force à considérer les discours féministes contemporains – y compris le mien - comme les fruits de leur contexte socio-historique et politique.

            J’adopte la définition de Louise Toupin, pour qui le féminisme est « une prise de conscience d’abord individuelle, puis ensuite collective, suivie d’une révolte contre l’arrangement des rapports de sexe et la position subordonnée que les femmes y occupent dans une société donnée, à un moment donné de son histoire. Il s’agit aussi d’une lutte pour changer ces rapports et cette situation» (Toupin, s.d.). Je pense qu’un élément central de toutes les démarches féministes, et peut-être le critère de base me permettant de considérer comme féministe un discours ou une pratique, est sa portée a la fois individuelle et collective, le projet féministe étant à la fois une quête d’autonomie pour soi et pour l’ensemble des femmes[15]

Le féminisme est un mouvement qui recouvre historiquement une grande diversité de tendances idéologiques et politiques, diversité que Micheline Dumont et Louise Toupin choisissent d’embrasser en adoptant dans leur anthologie ce critère de base de la «révolte contre sa situation» (Dumont et Toupin, 2003 : 22.). Je crois que définir de façon large le féminisme ne nuit nullement à une analyse plus approfondie de la pensée des différents groupes, qui n’est ni homogène, ni exempte de contradictions, mais le fruit de multiples influences et contraintes. Comme d’autres historiennes, j’en appelle à une diversification des concepts pour comprendre l’histoire des mouvements de femmes dans toute leur complexité (Cott, 1989).

            En réfléchissant à une définition du féminisme, j’ai pu identifier quelques-unes des influences qui ont forgé mon féminisme, celui qui m’accompagne dans ma vie quotidienne autant que celui qui éclaire ma pratique scientifique. En étudiant le féminisme d’un point de vue historique au cours de ma maîtrise, j’ai transformé en les nuançant et en les approfondissant mes propres convictions féministes, mais j’ai aussi commencé à m’interroger réellement sur ma pratique de chercheuse féministe.

Le féminisme comme démarche intellectuelle et grille d’analyse : ma définition de travail

Le féminisme est peut-être d’abord un mouvement social, mais il est aussi une pensée politique qui explique et conteste l’organisation des rapports entre les sexes. Théorie et pratique sont liées à la fois dans leurs objectifs et dans le contexte qui les a vues (qui les voit) naître. Par ses développements théoriques dans l’institution universitaire, le féminisme est aussi devenu une pratique scientifique. Ou plutôt une rupture épistémologique et méthodologique majeure dans la pratique scientifique ; une contestation radicale des modèles et des conceptualisations dominantes en sciences sociales particulièrement (Mathieu, 1991). Les études féministes représentent une démarche intellectuelle critique qui, d’une part, amène dans le champ de l’investigation scientifique des objets jusque là ignorés ou niés (à savoir les expériences et les représentations spécifiques des femmes), et d’autre part problématise une dynamique de rapports sexués. Les concepts et le type de grille d’analyse privilégiés par les chercheuses féministes varient grandement selon les approches. En ce qui me concerne, le concept de « rapports sociaux de sexe »[16] est au centre de mon cadre théorique; il intègre l’enjeu majeur structurant la question du travail domestique (mon objet d’étude) qu’est la division sexuelle du travail (Daune-Richard et Devreux, 1992; Kergoat, 1998).

À l’instar de D. Kergoat et des chercheuses dans son sillage, je prône une conception critique de la division sexuelle du travail. Deux «principes» sont le moteur de cette division : la séparation et la hiérarchisation du travail des femmes et de celui des hommes. Les «modalités» de la division sexuelle du travail (par exemple la place des femmes sur le marché du travail), contrairement aux principes qui la meuvent, sont variables dans le temps et dans l’espace (Kergoat et Hirata, 2007). Les configurations récentes de cette division constituent mon objet de recherche, mais celles-ci doivent nécessairement être inscrites dans un système de rapports sociaux de sexe pour devenir intelligibles. C’est à travers cette grille que j’aborde la question de l’emploi des femmes dans le secteur domestique. L’analyse de leur rapport avec le marché du travail - insertion professionnelle, activité/inactivité, chômage, précarité/stabilité, etc.- me renvoie plus fondamentalement à la question de la place des femmes dans le salariat, et aux mécanismes sociaux producteurs d’inégalité dans le champ du travail.

Comme le précise M. Maruani, « l’accès à l’emploi contribue fortement à la construction des hiérarchies sociales, à la production des mécanismes de différenciation, de classement, de ségrégation. Car, de fait, avoir un emploi, c’est avoir un travail et un salaire, mais aussi une place dans la société » (Maruani, 2000 : 61). Réfléchir en termes de division sexuelle du travail, c’est donc aller plus loin que la simple constatation d’une répartition inégale des tâches, mais cela implique de pénétrer au cœur du rapport de pouvoir qui constitue les femmes en catégorie sociale antagonique à celle des hommes.

Bibliographie

CHARRON, Catherine. La question du travail domestique au début au XXe siècle au Québec : un enjeu à la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, 1900-1927. M.A. (histoire), Université Laval, 2007. 130 p.

COTT, Nancy. «What's in a Name? The Limits of 'Social Feminism’; or, Expanding the Vocabulary of Women's History», The Journal of American History 76, 3 (déc. 1989). p. 809-829.

DAUNE-RICHARD, Anne-Marie et Anne-Marie DEVREUX. « Rapports sociaux de sexe et conceptualisation sociologique », Recherches féministes, 5, 2 (1992). p.5-30.

DUMONT, Micheline et Louise TOUPIN. La pensée féministe au Québec. Anthologie 1900-1985. Montréal, remue-ménage, 2003. 750 p.

GERHART, Ute. «Concepts et controverses», dans Eliane Gubin et al., dir. Le siècle des féminismes. Paris, Éditions de l’Atelier, 2004. p.47-63.

HIRATA, Helena et Danièle KERGOAT. «Division sexuelle du travail professionnel et domestique. Évolution de la problématique et paradigmes de la “conciliation”», Actes du colloque international « Marché du travail et genre : comparaisons internationales Brésil-France», Sao Paulo et Rio de Janeiro (avril 2007). p.309-318.

KERGOAT, Danièle. «La division du travail entre les sexes», dans J. KERGOAT et al. (dir.). Le monde du travail. Paris, Éditions La Découverte, 1998. 319-335.

MARUANI, Margaret. « Emploi », dans H. HIRATA et al. (dir.). Dictionnaire critique du féminisme (2e édition), Paris, PUF, 2000.

MATHIEU, Nicole-Claude. L’anatomie politique : catégorisations et idéologies du sexe. Paris, Côté-femmes, 1991.

TOUPIN, Louise. « Les courants de pensée féministe », Version revue du texte Qu’est-ce que le féminisme? Trousse d’information sur le féminisme québécois des 25 dernières années, dans http://bv.cdeacf.ca/documents/HTML/84258.htm#haut. Bibliothèque virtuelle du patrimoine documentaire communautaire canadien francophone. s.d. Page consultée le 09/03/2007.


 
  notes

[1] Le séminaire réunissant huit étudiantes et un étudiant, on comprendra que j’utilise le féminin pour ne pas, selon la formule convenue dans tous les textes écrits au masculin, « alourdir le propos ».

[2] À noter que l’ordre de présentation des textes ne répond à aucune logique particulière.

[3] Carla Casagrande. «La femme gardée». In Duby, Georges et Michelle Perrot (éds.). Histoire des femmes en Occident: II. Le Moyen Âge. Sous la dir. de Christiane Klapish-Zuber, p. 99. Trad. de l’italien par Catherine Mitrovitsa et Jacques Dalarun.  Coll. «Tempus». Paris: Plon, 1990. Je souligne.

[5] Carla Casagrande. «La femme gardée»,  p. 135.  (Note: Casagrande cite: Gilles de Rome. De regimine principum libri III apud Bartholomaeum Zanettum, Rome, 1607.)

[6] Ibid., p. 136. Je souligne.

[7]  Nous adoptons ici un point de vue universel dans la mesure où à l’heure actuelle, il n’est pas de société connu dans laquelle le projet féministe de transformation radicale de la culture ait été  mené à terme.

[8]  Dans sons sens idéel et pratique

[9]  Crenshaw, Kimberlé W. (1991) illustre bien ce dilemme et contradiction avec la symbolique du foyer familial à la fois lieu d’expression de la culture patriarcale et de manifestation de violences et frustrations des hommes noirs amoindris par le regard du Blanc et en même temps refuge historique contre les violences du colon. Le foyer continuant d’occuper cette fonction, demeure le seul lieu de reconnaissance et de valorisation pour elles de même que se solidifie le sentiment d’appartenance à une communauté.

[10]  Pensons à l’appelation “Black feminism” ou Féminisme Noir  autrement dit féminisme de la communauté noire états-unienne  (contexte d’émergence),  mais aussi féminisme relatifs à tous les noir-e-s

[11] Judith Butler, Défaire le genre. Paris, Éd. Amsterdam, 2006.

[12] Françoise Thébaud, «Sexe et genre»,  dans Femmes, genre et sociétés, sous la dir. de M. Maruani, 2005, p. 59-65.

[13] Jacqueline Laufer, «Domination», dans Femmes, genre et sociétés, sous la dir. de M. Maruani, 2005, p.72.

[14] Cristina Vega, «Interroger  le féminisme. Action, violence, gouvernementalité», Multitudes, mars 2003. Web : http://multitudes.samizdat.net/Interroger-le-feminisme-Action

[15] Ute Gerhard ( 2004 : 48)  propose aussi une définition intéressante du féminisme, qui «désigne l’ensemble des tentatives menées par des femmes pour leur reconnaissance, leur autodétermination, leur participation politique et le respect de leurs droits. L’objectif visé est double : d’une part, la libération ou la liberté de décision de chaque femme en tant qu’individu, et d’autre part, la transformation fondamentale de la société et de son ordre des genres».

[16] Comme tout rapport social, les rapports sociaux de sexe sont une relation antagonique et hiérarchisée entre deux groupes dont les différences sont socialement construites. Particulièrement, le rapport social de sexe est présent « dans toutes les sociétés connues », et il est « structurant pour l’ensemble du champ social et transversal à la totalité de ce champ » (Kergoat, 2004 : 40).

 

labrys, études féministes/ estudos feministas
janvier/juin 2010 -janeiro/junho 2010