|
Labrys
FORUM SOCIAL MONDIAL : FORUM MONDIAL DES FEMMES ET DES OPPRIMÉS-ES.ZINDHABADH ! [1] NOUVEAUTÉ À MUMBAI… Luciene Rodrigues traduction: Marie-France Dépêche Imagine there´s no countries Nothing to kill or die for Imagine all the people Living life in peace… You may say I´m a dreamer But I´m not the only one… Le Forum Économique mondial (FEM) qui s´est tenu à Davos en Suisse, en 2004, avait pour thème « « Sécurité et prospérité : synonymes de paix ». Le FEM, composé de représentants du FMI, de l´OMC, de la Banque Mondiale et de divers gouvernants, a défini un monde centré sur le capital, les hommes et les grandes corporations qui contrôlent l´économie et le pouvoir. L´accroissement du fondamentalisme, du terrorisme, de la violence, de la militarisation et de la guerre, sont les conséquences inévitables d´un système économique qui ne tient pas compte des droits et des nécessités de base des personnes. Dans une perspective totalement différente, le Forum Social Mondial (FSM), propose un autre monde possible. Il affirme qu´il est possible de voir se consolider les différentes alternatives que donne l´égalité de genre, une économie solidaire, la pluralité des cultures, le respect des diverses ethnies et religions. Il s´agit d´un espace ouvert à l´articulation entre différents réseaux et des organisations de la société civile. Imaginez des milliers de femmes, d´hommes, de jeunes et d´enfants venant de plus de 130 pays, qui célèbrent leurs luttes, leurs dénonciations, leurs protestations, partagent leurs idées et utopies, présentent leurs littératures et, dansant, riant, pleurant, globalisent leurs espoirs! Le Forum qui s´est tenu en Inde a été une grande célébration planétaire de l´espoir ! L´espoir d´une société sans patriarcalisme, sans fondamentalismes, sans guerres. Le IVe FSM à Mumbai (du 16 au 22 janvier 2004) fut le Forum des femmes, des pauvres et des opprimés. La grande majorité des participants venait de la base, des mouvements des pauvres, des indigènes, des dalits. Tout était focalisé sur la survie de ces personnes : le droit à la terre, aux rivières et aux fleuves, aux forêts, à l´eau et l´opposition faite aux super-projets de développement, l´extraction et le contrôle des ressources naturelles entre les mains des grandes corporations. Il y eut également une participation et une visibilité notables des mouvements historiquement marginalisés, des personnes porteuses du Sida et de déficiences physiques, des travaileurs-es du sexe et des minorités sexuelles. L´Inde, sa beauté, ses couleurs et ses senteurs, est un pays qui ne se compare à aucun autre. Sa population est la deuxième de la planète, dont 80% de la main-d´œuvre travaille dans le secteur informel, avec un taux de pauvreté dépassant toutes proportions. Le Hindi est la langue nationale, bien que l´Anglais se maintienne comme langue officielle de communication. En outre, il existe 15 langues officielles et 844 dialectes parlés dans les différentes régions du pays. Celui-ci, est encore régi par le régime des castes et non pas par les institutions. C´est une société qu´il est difficile de comprendre à travers un regard imprégné de références occidentales. Très éloigné du système monolithique occidental, ce pays semble étrange par sa diversité culturelle, ses religions et ses dieux. La grande majorité des Indiens est hindouiste, mais les musulmans, les Sikhs, les chrétiens et les Juifs jouissent de liberté religieuse. La société indienne est depuis longtemps marquée par un système fortement hiérarchisé et patriarcal, les inégalités et les fondamentalismes. L´Inde cependant, s´est montrée capable de résister au Consensus de Washington, et de refuser les politiques néo-libérales. L´État a la main-mise sur l´économie et la société. Mumbai a été, simultanément, la scène de la convergence
mondiale des utopies et des accusations contre la barbarie de la
globalisation capitaliste. Dans cette ville qui a hébergé le Forum, plus
de la moitié de la population vit dans des bidonvilles, deux millions
d´habitants vivent dans les rues et environ 73% des familles
occupent un 2 pièces. Le Forum a été marqué par la lutte contre tous ces
types d´inégalités. Parmi les 100 mille personnes présentes au FSM,
approximativement 20 mille étaient des Dalits (caste inférieure de parias,
exclus-es, intouchables et impurs-es) qui survivent en ramassant les
déchets humains. Ils voyaient dans le Forum une possibilité unique de
faire connaître au monde et de dénoncer la discrimination dont ils sont
victimes, globalisant ainsi leur lutte. L´appel à la paix fut énorme.
C´est en Asie occidentale, de l´Irak à l´Afghanistan, que l´agression
belliqueuse néo-impérialiste se fait le plus C´EST LE TOUR DES FEMMES DE SE FAIRE ENTENDRE La présence des femmes et leur participation furent marquantes, ce qui laissa penser que quelque chose de nouveau était arrivé à Mumbai. Zindhabadh ! Ceci était dû, en grande partie, au rôle clef que l´organisation des femmes indiennes avait assumé. Il est possible que dans une société qui leur offre si peu, l´expérience de ces femmes en lutte, ait contribué au succès du IVe FSM. L´oppression faite aux femmes est cruelle : elles sont constamment privées d´espace et elles doivent beaucoup lutter pour obtenir peu. Un bon exemple est celui des trains urbains. Elles y ont exigé un espace à elles et d´une certaine manière l´ont obtenu. La société indienne subit l´apartheid quotidien, dont les femmes reçoivent la plus grande partie de la violence. La première lutte des Indiennes est celle du droit à naître et la seconde, le droit de vivre. Les technologies modernes permettent de savoir le sexe biologique du bébé avant la naissance. Pour beaucoup de familles pauvres, avoir une fille est un « poids » puisqu´il faudra payer une dote au moment de son mariage. C´est la raison pour laquelle les filles ne sont pas les bienvenues et que la pratique de l´avortement est fréquente lorsque l´on découvre que le bébé sera du sexe féminin. Les cas d´infanticide ne sont pas rares non plus. Et ce ne sont pas seulement les femmes indiennes qui ont démontré une résistance locale et globale (glocale), contre la violence du système patriarcal international, mais bien toutes les femmes autour du monde. Le FSM a montré que l´oppression des femmes existe dans le monde entier et qu´il ne suffit pas de dire que la situation des femmes est pire en Inde qu´ailleurs. Si la situation est meilleure en Europe et en Amérique Latine, c´est une raison de plus pour faire plus d´efforts afin que dans ces régions on puisse atteindre un meilleur niveau. Malgré les nombreux
thèmes dominés par le masculin, on a pu voir certains changements, comme
la conférence « Les guerres contre les femmes, les femmes
contre les guerres », qui a réuni, à l´air libre, une foule
d´environ 30 mille personnes, et où les femmes ont manifesté contre le
système patriarcal, la guerre, la violence, attirant ainsi l´attention du
monde sur la violation de nombreux droits et notamment ceux des femmes.
Arundhati Roy a parlé du Jamais au paravent dans un Forum Social Mondial, les femmes n´avaient été aussi visibles, et les sujets liés au genre aussi représentés dans le programme officiel, si l´on fait la comparaison avec les années passées. On estime que 30 à 50% des présentations auto-organisées, traitaient de questions en rapport avec le genre. De nombreuses conférences, des séminaires, des work-shops et autres activités, ont réuni des activistes des mouvements féministes, de lesbiennes, de gays, de bi-sexuels-lles, trans-sexuels-lles et dalits, afin de traiter divers thèmes dont celui des identités. Pour les féminismes, les gains furent immenses, que ce soit au sein du FSM, au cours des séminaires, ou dans les rues. Le mouvement des GLBT, avec une forte participation d´homosexuels indiens et d´activistes lesbiennes, est arrivé au FSM drapé d´un immense arc-en-ciel. De nombreux forums ont tenu à rappeler, comme l´affirmait Carol Barton (WICE/GRAAL), que l´homosexualité et le lesbianisme ne sont pas des importations occidentales, mais bien une question de survie parmi les travailleurs-es, hommes ou femmes pauvres, de diverses races et régions. Pour Vera-Zavala (openDemocracy), les femmes avaient réussi à conquérir un espace et à se faire entendre à Mumbai. La grande majorité des participants du FSM étaient des femmes, hindoues, musulmanes, dalits et chrétiennes. En tous lieux, on pouvait voir les femmes parler, danser, diriger, organiser. Des noms charismatiques, d´intéressants séminaires, des présentations créatives révélant la bonne humeur…beaucoup, n´avaient pas besoin de mots…un ballet de couleurs, de rythmes et d´idées. Malgré leurs conquêtes, c´étaient les femmes qui nettoyaient les toilettes et ramassaient les ordures dans la rue. Beaucoup de groupes de travail comprenaient à 100% des hommes, comme celui qui débattait des questions sur l´Irak , où ce sont les femmes qui sont les principale victimes. Certains intellectuels activistes, qui se prennent pour les « étoiles » du moment, pensent qu´ils sont féministes parce qu´ils connaissent un peu de théorie sur le genre, mais s´assoient à une table de travail sans aucune femme. Partout, on pouvait voir des hommes qui préféraient parler à des hommes, des hommes qui favorisaient des hommes pour l´organisation de séminaires ou bien l´édition de livres. D´une certaine manière, cependant, le FSM fut un défi, que les femmes décidées à occuper plus d´espace que prévu, reçurent avec succès. Reste encore un bon nombre d´anciens problèmes. Beaucoup des propositions faites au FSM peuvent paraître encore incommodes, tout comme les wagons réservés aux femmes sur les trains de Mumbai. Mais seules les femmes non accompagnées d´un homme, comme ma compagne de la délégation et moi-même, peuvent avoir ressenti dans leur peau à quel point les wagons « pour tout le monde », contiennent des hommes qui se trouvent en droit de menacer et de molester les femmes qui s´aventurent à leur bord. Ces femmes qui ont lutté pour obtenir leurs propres wagons, ont obtenu une victoire et non pas renforcé leur soumission. L´opposition au système patriarcal est devenu, sans aucun doute, une question très importante et semble bien représenter le plus grand pas en avant du FSM. Il est difficile de croire que la vie puisse continuer d´insister, de résister et de persister égale à ce qu´elle est, en de telles circonstances adverses. Comme l´a déclaré Gilberto Gil : « À Mumbai, j´ai vu, j´ai entendu et j´ai senti… » Zindhabadh, Zindhabadh, l´Inde, Zindhabadh. Ces paroles nous ont accompagnées durant tout le Forum et imprègnent encore nos oreilles par leur sonorité et leur signification. Les discours de fermeture également, qui reçurent l´acclamation de toutes et de tous, dans l´espoir de voir se concrétiser la construction d´autres mondes pluriels et nécessaires. image1 image2 image3 [1] Zindhabadh est un concept complexe difficile à traduire. En simplifiant, il signifie « victoire ! »
Labrys |